Tchétchénie
Le convoi syndical pour la Tchétchénie
Mission accomplie

Le convoi syndical pour la Tchétchénie a atteint son objectif le vendredi 17 novembre en fin de journée, après plus de 9 mois de mobilisation, 9 jours de voyage et 11 jours d'attente en douane.

Le camion du convoi syndical pour la Tchétchénie est resté bloqué en douane entre le 8 et le 17 novembre; la farine a commencé à être débarquée à Nazran le 18, dans l'après-midi. Elle va être distribuée dans deux camps de réfugiés en Tchétchénie, ainsi qu'à Grozny, par deux ONG (l'une polonaise et l'autre britannique). Dans ces deux camps de réfugiés, il n'y a pas eu de distribution d'aide alimentaire depuis 3 mois, et les volumes distribués à Grozny sont très faibles.

Les formalités douanières ont été très longues, pour au moins trois raisons. Les douanes russes ont un objectif précis: limiter au maximum les importations. Les douanes de Vladicauvcase (Ossétie du Nord), qui sont responsables de toutes les importations en Ingouchie et en Tchétchénie, ont un autre objectif, éviter toute importation qui pourrait aider les combattants tchétchènes, et un problème: un train de farine américaine de mauvaise qualité que les Russes ont refusé.

Ce train de 3000 tonnes, donné par les USA pour les réfugiés tchétchènes, avait une teneur en métaux lourd 6 fois supérieure aux normes russes. Les douanes ont également indiqué avoir découvert de la farine moisie et des toiles d'araignées. Ce train, qui transitait par le Pam (programme alimentaire mondial, organisme de l'ONU en charge des aides alimentaires), va être acheminé vers une autre destination, aux dires des responsables du Pam à Nazran.

Les aides alimentaires des pays riches continuent d'être un moyen de se débarrasser d'excédents invendables... Le convoi syndical avait veillé à ce que la farine emmenée en Tchétchénie soit une farine de bonne qualité. Elle a été écrasée 4 jours avant le départ. Et les normes qualitatives qui ont été demandées étaient presque toutes supérieures à celles utilisées par l'Union européenne dans ses aides alimentaires.

Le sort des réfugiés

Les réfugiés sont à 60% des femmes. Déjà pour la plupart privés d'emploi, ils et elles sont en plus privés de logement: c'est dire à quel point le mouvement syndical devrait se sentir concerné par leur sort. Les réfugiés viennent principalement des villes. La majorité de ceux qui sont dans les camps, en Ingouchie, viennent de Grozny. Le plus grand camp de réfugiés compte 12000 habitants, le plus petit environ 3000. Le chef du camp est nommé par les autorités ingouches; dans chaque wagon, ou dans chaque pâté de tentes, des délégués sont élus. Mais leur pouvoir est réduit. Ainsi, les réfugiés du camp de wagons de Zverdochka vont être mutés de force vers le nouveau camp de tentes édifié par le HCR: leurs protestations n'ont été écoutées ni par les pouvoirs locaux, ni par le HCR. La voie où est garé le train doit être libérée pour laisser passer des trains de pétrole...

Le pouvoir russe voudrait faire rentrer les réfugiés en Tchétchénie. Mais il y a encore 10 à 12 morts par jour à Grozny, selon le maire. Dans le Sud, les combats dévastent encore des villages entiers. Et c'est ainsi qu'avec l'arrivée de l'hiver le nombre de réfugiés en Ingouchie a augmenté, pour atteindre un chiffre probable de 170 000 personnes.

Le Programme alimentaire mondial a aujourd'hui besoin de 14 millions de dollars pour assurer ses déjà trop faibles distributions d'aide alimentaire. Il n'a reçu à ce jour que 8,5 millions de dollars; il lui manque donc l'équivalent de 42,5 millions de francs. C'est une somme dérisoire pour le budget de la France. Qui préfère soutenir "notre ami" Poutine... Nous avons l'intention de donner le plus de force possible à notre témoignage. Il est indispensable de relayer les besoins de ces gens entassés sous des tentes dans le froid de l'hiver caucasien. Et d'exiger de nos gouvernements qu'ils mettent la main à la poche!

Xavier Rousselin

Il est possible d'organiser des réunions publiques avec les militants du convoi syndical pour la Tchétchénie. Contacter ou .