Un convoi contre le silence
Campagne
Par Eric Aragon, Carine Clément, Sandra Pilleul, Xavier Rousselin (*).
Que se passe-t-il en Tchétchénie ? Rien, tout simplement. Car une guerre coloniale, le massacre d'un peuple ne sont rien pour nos gouvernements. Depuis 1991, le pouvoir russe lutte pour accaparer les richesses du pays et maintenir un contrôle implacable sur sa population, organisant son appauvrissement massif, la répression ou la manipulation de toutes les résistances sociales. La guerre en Tchétchénie se situe dans le droit fil de cette politique antipopulaire, amplement encouragée par les grandes puissances. C'est ainsi que nos gouvernants vont continuant les bonnes manières avec Poutine, le nouvel élu, tandis qu'à Groznyï on assassine, on viole, on expulse, on enferme et on vole. Les gouvernements européens, qui, il y a un an, étaient les partisans les plus fanatiques d'une guerre " morale " au Kosovo, sont aujourd'hui les plus veules. Ils font silence sur les crimes de l'armée russe et considèrent que la guerre de Tchétchénie est une affaire interne de la Russie. (...).
Il y a un an, nous avions bien modestement envoyé un camion de matériel scolaire à Tetovo, en Macédoine. Nous avions affirmé alors, à la fois, notre soutien au droit des Kosovars à l'autodétermination et notre refus des bombardements de l'OTAN. Cette année, nous continuons de la même manière. Nous voulons soutenir le droit des Tchétchènes à décider librement de leur avenir. Par conséquent nous sommes contre la guerre de Poutine (...). Nous voulons, bien modestement, envoyer un camion de farine et de produits hygiéniques à Nazran, en Ingouchie. Nous souhaitons, de cette manière, apporter une solidarité aux réfugiés, au nom de valeurs syndicales. Les représentants de syndicats de salariés que nous sommes sont concernés par la situation de ces réfugiés. Ce sont, en quelque sorte, nos collègues.
Aussi, notre intention n'est pas uniquement d'amener un camion là-bas. Nous voulons également établir des contacts avec les syndicats sur place en Tchétchénie, et encore, sur la route, en Pologne (où des initiatives semblables à la nôtre ont déjà été prises), en Biélorussie, à Moscou, où des syndicalistes s'opposent à la guerre. C'est notre idée du " convoi syndical ". Ce sont des salariés qui aident des salariés, ce sont des syndicats qui aident des syndicats, mais aussi des chômeurs, des paysans qui affirment leur solidarité avec ceux qui subissent cette guerre. Et, notre but n'est pas simplement ponctuel. Il est d'établir des contacts durables comme nous l'avons fait en Bosnie et au Kosovo avec des syndicats de terrain.
Nous ne sommes qu'une poignée pour développer ce projet. Nous sommes modestes. Mais nous sommes déterminés à atteindre notre but. L'envoi d'un camion de farine coûte 100 000 francs. Nous avons contacté un moulin et une coopérative agricole. Ils vont nous donner blé et farine. Nous n'avons à payer " que " le transport : 100 000 francs. Nous ne recevrons aucune subvention d'organismes officiels. Nous allons financer l'intégralité de l'opération. C'est pourquoi, nous nous adressons à tous ceux qui se retrouvent dans ce projet et nous leur demandons de nous soutenir financièrement (...).
(*) Respectivement : militant SUD ; sociologue, membre du comité Tchétchénie ; militante du Secours ouvrier pour la Bosnie ; militant CGT. Pour tout contact : Convoi syndical pour la Tchétchénie, c/o SUD PTT, 23, rue de la Mare, 75020 Paris. Tél. : 01 44 62 12 35. Chèque à l'ordre de SOB. CCP n§ 38 485 K La Source.